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Tyr est une commande sonore réalisée en partenariat avec le gmem-CNCM-marseille pour le cabines d’essayage du magasin Galeries Lafayette Marseille Prado dans le cadre de la commande Escales.



« Pour cette composition sonore, je voyage au Sud-Liban, à Tyr. Tyr était une île avant qu’Alexandre le Grand, quelques centaines d’années avant notre ère, la lie au continent pour la conquérir. La Tyr d’aujourd’hui est donc une péninsule, son port nord est toujours un port de pêcheurs.

Je ne cherchais pas nécessairement la familiarité à Tyr quand j’y étais, je cherchais l’étrangeté, et je l’ai trouvée en m’éloignant de la ville, et en allant vers la mer. J’étais en mer.

Un petit bateau motorisé d’à peine 10 mètres nous emmenait, deux pêcheurs et moi, dans les eaux de cette ville, jadis poissonneuses, aujourd’hui incertaines. Elie et Elie étaient des habitués. Je succombais au mal de mer, au bruit insupportable du moteur et à l’imprévisibilité au cœur de la quête, mais je pêchais un moment de magie.

Entourés de mer, les engins du bateau se sont enfin arrêtés pour une centaine de secondes, et les bavardages des deux pêcheurs tournaient maintenant autour du filet qu’ils allaient commencer à étendre dans l’eau. En opposition au chahut qui l’entourait, ce moment était comme une rédemption. L’acoustique de l’étendue maritime, l’absence de murs et du bruit de la ville étaient pour moi une perception sonore nouvelle. J’étais, on peut dire, dans un non-espace acoustique. Ici, la puissance poétique du son nous parle, onirique, parce que comme la mer, le son est intangible, mais sa présence et son influence sont indéniables.

À mesure que les deux pêcheurs retiraient le filet des eaux, les vocalisations, enfumées du bruit des engins, se faisaient plus fortes : des cris et des supplications aux dieux et aux poissons désirés. C’était le moment où les deux hommes sont devenus mes égaux. Ils avaient tendu leur filet, comme moi mes micros, et ils attendaient, comme moi, que ce voyage leur fasse une offrande en retour de leur investissement. Nous avions tous les trois très peu d’influence sur le déroulement de notre quête, la mer avait le pouvoir. Il est clair que le désir impérial du macédonien ne pouvait se réaliser sans couper Tyr de son environnement aquatique.

La mer, dans son étrangeté et par sa nature imprévisible, est un espace de désir, un désir qui constitue le quotidien de ces deux pêcheurs révoltés contre la routine. Ce moment de désir m’a été livré à travers l’acoustique de la mer, avec ces deux hommes dansant sur ses vagues avec leurs outils et leur quête. Dans cette composition, je veux écrire, avec le son, l’expérience suspendue, telle que je l’ai vécue, et voyager avec et à travers elle vers d’autres mises en scène du possible. » — Kinda Hassan

Radio-grenouille – Les-musiques-2019-kinda-hassan-portrait

Tyr est une commande sonore réalisée en partenariat avec le gmem-CNCM-marseille pour le cabines d’essayage du magasin Galeries Lafayette Marseille Prado dans le cadre de la commande Escales.

« Pour cette composition sonore, je voyage au Sud-Liban, à Tyr. Tyr était une île avant qu’Alexandre le Grand, quelques centaines d’années avant notre ère, la lie au continent pour la conquérir. La Tyr d’aujourd’hui est donc une péninsule, son port nord est toujours un port de pêcheurs.

Je ne cherchais pas nécessairement la familiarité à Tyr quand j’y étais, je cherchais l’étrangeté, et je l’ai trouvée en m’éloignant de la ville, et en allant vers la mer. J’étais en mer.

Un petit bateau motorisé d’à peine 10 mètres nous emmenait, deux pêcheurs et moi, dans les eaux de cette ville, jadis poissonneuses, aujourd’hui incertaines. Elie et Elie étaient des habitués. Je succombais au mal de mer, au bruit insupportable du moteur et à l’imprévisibilité au cœur de la quête, mais je pêchais un moment de magie.

Entourés de mer, les engins du bateau se sont enfin arrêtés pour une centaine de secondes, et les bavardages des deux pêcheurs tournaient maintenant autour du filet qu’ils allaient commencer à étendre dans l’eau. En opposition au chahut qui l’entourait, ce moment était comme une rédemption. L’acoustique de l’étendue maritime, l’absence de murs et du bruit de la ville étaient pour moi une perception sonore nouvelle. J’étais, on peut dire, dans un non-espace acoustique. Ici, la puissance poétique du son nous parle, onirique, parce que comme la mer, le son est intangible, mais sa présence et son influence sont indéniables.

À mesure que les deux pêcheurs retiraient le filet des eaux, les vocalisations, enfumées du bruit des engins, se faisaient plus fortes : des cris et des supplications aux dieux et aux poissons désirés. C’était le moment où les deux hommes sont devenus mes égaux. Ils avaient tendu leur filet, comme moi mes micros, et ils attendaient, comme moi, que ce voyage leur fasse une offrande en retour de leur investissement. Nous avions tous les trois très peu d’influence sur le déroulement de notre quête, la mer avait le pouvoir. Il est clair que le désir impérial du macédonien ne pouvait se réaliser sans couper Tyr de son environnement aquatique.

La mer, dans son étrangeté et par sa nature imprévisible, est un espace de désir, un désir qui constitue le quotidien de ces deux pêcheurs révoltés contre la routine. Ce moment de désir m’a été livré à travers l’acoustique de la mer, avec ces deux hommes dansant sur ses vagues avec leurs outils et leur quête. Dans cette composition, je veux écrire, avec le son, l’expérience suspendue, telle que je l’ai vécue, et voyager avec et à travers elle vers d’autres mises en scène du possible. » — Kinda Hassan

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